Le diaconat permanent est un degré du sacrement de l’ordre, distinct du sacerdoce des prêtres. Restauré comme ministère stable par le concile Vatican II, il peut être conféré à des hommes mariés. Le diacre proclame l’Évangile, sert la liturgie et reçoit de l’évêque des missions de charité. Il peut baptiser, assister à des mariages et présider des funérailles, mais il ne célèbre ni la messe, ni la confession, ni l’onction des malades.

Marc Wendling est un personnage éditorial fictif, construit à partir de situations réellement rencontrées dans le diaconat permanent en Alsace. Son parcours respecte la discipline de l’Église catholique et le fonctionnement pastoral du diocèse de Strasbourg.

  • 56 ans, marié à Claire depuis trente-deux ans
  • Père de trois enfants, dont deux adultes
  • Technicien supérieur, puis responsable d’exploitation dans une entreprise de logistique du Port du Rhin
  • Ordonné diacre permanent en 2017
  • Envoyé dans une communauté de paroisses de l’agglomération strasbourgeoise, avec une mission auprès de personnes en situation de précarité

Un homme ordonné, mais pas un prêtre à temps partiel

Camille : Quand on vous présente comme diacre permanent, beaucoup de catholiques ne savent pas exactement ce que cela signifie. Comment le dites-vous simplement ?
Marc Wendling : Je commence souvent par écarter deux malentendus. Je ne suis ni un super-laïc, ni un prêtre qui aurait reçu des pouvoirs sacramentels réduits. J'ai été ordonné par l'évêque, par l'imposition des mains et la prière d'ordination. Cette ordination marque une appartenance durable au sacrement de l'ordre. Elle n'est pas une simple bénédiction pour exercer une fonction paroissiale.

Le concile Vatican II a restauré le diaconat comme degré permanent de la hiérarchie dans l’Église latine. Le texte décisif est le numéro 29 de la constitution Lumen gentium, promulguée en 1964. Il reprend une formule ancienne : les diacres sont ordonnés « non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du service ». Paul VI a ensuite fixé les conditions concrètes de cette restauration dans le motu proprio Sacrum diaconatus ordinem de 1967.

Pendant des siècles, en Occident, le diaconat avait pratiquement subsisté comme une étape avant l’ordination sacerdotale. C’est encore le cas pour les futurs prêtres, que l’on appelle diacres en vue du presbytérat ou diacres « transitoires ». Pour moi, le diaconat n’est pas une salle d’attente. Il constitue mon état définitif dans le ministère ordonné.

Camille : Vous appartenez donc au clergé ?
Marc Wendling : Canoniquement, oui. Un diacre incardiné dans un diocèse appartient au clergé de ce diocèse. Mais le mot peut produire une image trompeuse. Je ne porte pas quotidiennement une vie séparée du monde professionnel ou familial. Je suis marié, père, salarié. Je connais les réunions qui débordent, les contraintes d'un atelier, les soucis scolaires, les mensualités et les parents qui vieillissent.

L’ordination ne m’a pas extrait de cette existence. Elle m’a donné une manière particulière d’y servir l’Église. Le Catéchisme de l’Église catholique, aux numéros 1569 à 1571, parle du service de la Parole, de la liturgie et de la charité. Ces dimensions ne sont pas des cases étanches. Une homélie qui ne rejoint jamais la vie blessée des gens devient vite abstraite. Une action caritative sans écoute de la Parole risque, elle aussi, de perdre son orientation chrétienne.

L’appel au diaconat passe par le couple

Camille : Vous étiez déjà marié lorsque vous avez commencé votre discernement. Comment une vocation personnelle se décide-t-elle à deux ?
Marc Wendling : Elle ne se décide pas à deux au sens où mon épouse aurait reçu la même vocation sacramentelle. Claire n'a pas été ordonnée avec moi et elle n'est pas devenue une « diaconesse par procuration ». Cette confusion peut être pesante pour les épouses. Certaines communautés attendent d'elles une disponibilité pastorale automatique, comme si le mariage avec un diacre valait lettre de mission.

En revanche, son consentement était indispensable. Le droit canonique prévoit qu’un homme marié ne peut être ordonné diacre permanent avant l’âge de 35 ans et sans le consentement de son épouse. Ce n’est pas une formalité administrative. L’ordination modifie réellement l’emploi du temps du couple, son rapport aux week-ends et parfois l’intimité familiale. L’Église ne peut pas prétendre ordonner un homme en faisant comme si sa femme et ses enfants n’existaient pas.

Nous avons mis du temps à en parler. Claire percevait un appel chez moi, mais elle craignait une disponibilité sans limite. Sa crainte était fondée. Dans une paroisse, les demandes arrivent souvent au moment où la famille est réunie : le samedi, le dimanche, le soir ou pendant les fêtes.

Camille : Vos enfants ont-ils été associés à la démarche ?
Marc Wendling : Ils n'avaient pas à donner un consentement canonique, mais leur parole comptait. À l'époque, notre plus jeune enfant vivait encore à la maison. Il fallait entendre ce qu'il redoutait : avoir un père constamment absent, ou voir des personnes de la paroisse entrer dans notre vie privée.

Nous avons posé quelques règles :

  • les repas de famille ne sont pas annulés pour une réunion qui pourrait être déplacée ;
  • je ne communique pas à la maison les confidences reçues dans l’accompagnement pastoral ;
  • Claire choisit librement ses engagements ecclésiaux ;
  • nos enfants ne sont pas tenus d’afficher une pratique religieuse exemplaire ;
  • les vacances restent de vraies vacances, même si un appel grave peut toujours survenir.

Ces limites n’ont rien d’un refus du ministère. Elles permettent qu’il dure.

Diacre permanent célébrant un baptême dans une église alsacienne entouré d'une famille
Le baptême, l'un des actes liturgiques que le diacre permanent peut accomplir de plein droit.

Six années entre la première demande et l’ordination

Camille : Comment s'est déroulée votre formation ?
Marc Wendling : Entre mon premier entretien avec un responsable diocésain et mon ordination, six années se sont écoulées. La durée exacte peut varier selon les diocèses et les parcours. Dans mon cas, il y a d'abord eu un temps de recherche et de discernement, puis un cycle plus structuré de formation.

On n’entre pas seul dans ce processus. Le diocèse rencontre le candidat et son épouse. Il regarde la stabilité du couple, l’équilibre humain, l’insertion ecclésiale, la capacité à travailler avec d’autres. Avoir une longue liste d’activités paroissiales ne suffit pas. Un homme peut être très dévoué et ne pas être appelé au ministère ordonné.

Camille : Que vous a-t-on enseigné pendant ces années ?
Marc Wendling : La formation ne se réduit pas à apprendre comment célébrer un baptême. Elle comprend notamment :
  • l’Écriture sainte et les méthodes de lecture biblique ;
  • la théologie dogmatique, la christologie et l’ecclésiologie ;
  • la liturgie et la théologie des sacrements ;
  • la morale, la doctrine sociale de l’Église et la bioéthique ;
  • le droit canonique utile au ministère ;
  • l’histoire de l’Église, avec une attention au contexte régional ;
  • l’écoute pastorale et l’accompagnement des personnes fragiles ;
  • des stages en paroisse, en aumônerie ou auprès d’organismes de solidarité.

À Strasbourg, la présence de la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg constitue une ressource singulière. Tous les candidats au diaconat n’y suivent pas nécessairement un cursus universitaire complet, mais des enseignants et des théologiens formés dans cet environnement interviennent dans la vie diocésaine. Cette proximité entre recherche universitaire et formation pastorale est une vraie richesse alsacienne.

Les normes de référence demeurent la Ratio fundamentalis institutionis diaconorum permanentium publiée en 1998 par la Congrégation pour l’éducation catholique, ainsi que le Directoire pour le ministère et la vie des diacres permanents de la Congrégation pour le clergé. En France, le Comité national du diaconat, rattaché à la Conférence des évêques de France, accompagne aussi la réflexion et la formation.

Camille : Y a-t-il des examens ?
Marc Wendling : Il y a des travaux écrits, des évaluations et des reprises de stage. Le discernement ne porte pourtant pas seulement sur des connaissances. On peut réussir une dissertation sur l'ecclésiologie et se montrer incapable d'écouter une famille en deuil sans lui imposer un discours.

La formation humaine compte beaucoup. Comment est-ce que je réagis lorsqu’un prêtre refuse une proposition ? Est-ce que je cherche la reconnaissance ? Puis-je travailler avec des laïcs qui ont davantage d’expérience que moi ? Suis-je capable de dire que je ne sais pas ? Ces questions sont moins visibles qu’un examen, mais elles touchent le cœur du ministère.

Une semaine qui ne ressemble pas à un emploi du temps de curé

Camille : Vous avez conservé votre activité professionnelle après l'ordination. À quoi ressemble votre semaine ?
Marc Wendling : Je travaille à 80 % dans une entreprise de logistique implantée près du Port du Rhin. J'ai commencé comme technicien chargé du suivi des équipements, avant de devenir responsable d'exploitation. Mon employeur connaît mon engagement, mais l'entreprise ne finance pas mon ministère et n'a pas à adapter toutes ses contraintes à la paroisse.

Une semaine ordinaire comprend une soirée de préparation au baptême ou au mariage, une rencontre d’équipe pastorale, quelques appels et une célébration le week-end — un rythme que connaissent bien d’autres paroisses rurales confrontées aux mêmes défis de couverture pastorale. Je réserve aussi des créneaux pour les visites. Ce schéma se dérègle dès qu’il y a des funérailles, une hospitalisation ou une situation sociale urgente.

Le mot « permanent » ne signifie pas que le diacre est disponible en permanence. Il indique que le diaconat est sa condition stable, et non une étape vers le presbytérat. Cette précision devrait être affichée dans certaines sacristies.

Baptêmes, mariages et funérailles : ce que le diacre peut réellement faire

Camille : Quels actes liturgiques pouvez-vous accomplir ?
Marc Wendling : Le droit de l'Église donne des réponses précises. Les usages locaux ne peuvent pas transformer un diacre en célébrant de l'Eucharistie ou en ministre de l'onction des malades.
Célébration ou acte Ce que peut faire un diacre permanent Référence ou limite
Baptême Il est ministre ordinaire du baptême Code de droit canonique, canon 861 § 1
Mariage Il peut recevoir le consentement des époux et bénir l’union s’il a reçu la délégation requise Canon 1108 ; en France, le mariage civil doit précéder la célébration religieuse
Funérailles Il peut présider les obsèques hors messe et conduire les rites au cimetière Rituel des funérailles ; l’Eucharistie requiert un prêtre
Homélie Il peut prononcer l’homélie au cours de la messe Canon 767 § 1, selon les règles et facultés reçues
Communion aux malades Il est ministre ordinaire de la sainte communion Canon 910 § 1
Messe Il assiste le prêtre, proclame l’Évangile et peut prêcher, mais ne consacre pas l’Eucharistie Canon 900 : seul un prêtre validement ordonné célèbre l’Eucharistie
Confession Il ne peut pas donner l’absolution sacramentelle Canon 965 : seul le prêtre est ministre de la pénitence
Onction des malades Il ne peut pas administrer ce sacrement Canon 1003 : tout prêtre, et lui seul, l’administre validement
Marc Wendling : Dans les mariages, il faut aussi être précis sur les mots. Selon la théologie latine, ce sont les époux qui se donnent le sacrement par leur consentement. Le diacre peut être le témoin qualifié de l'Église lorsqu'il est délégué. Il ne se délègue pas lui-même parce qu'un couple l'apprécie.
Camille : Les familles comprennent-elles facilement que vous ne pouvez pas célébrer une messe de funérailles ?
Marc Wendling : Pas toujours. Il arrive qu'une famille me demande : « Vous faites l'enterrement, mais qui fera la messe ? » Je dois expliquer que je peux présider la célébration de la Parole et les rites du dernier adieu, mais pas l'Eucharistie. Si une messe est prévue, un prêtre la préside.

Cela peut être vécu comme une déception, surtout lorsque j’ai accompagné longuement le défunt. Je ne cherche pas à contourner la limite. Elle dit quelque chose de la différence entre diaconat et presbytérat. La collaboration est possible : je peux accueillir la famille, préparer les textes, prononcer l’homélie selon ce qui a été convenu, puis accompagner au cimetière, tandis que le prêtre préside l’Eucharistie.

En Alsace, les obsèques gardent une forte dimension communautaire dans beaucoup de villages, avec des sacrements catholiques vécus comme des repères familiaux autant que théologiques. Même des personnes éloignées de la pratique religieuse connaissent encore les gestes et certains chants. Ailleurs, surtout dans l’agglomération strasbourgeoise, je rencontre des familles qui ne savent plus comment se déroule une célébration chrétienne. Il faut éviter deux défauts : parler comme si tout le monde possédait le vocabulaire catholique, ou diluer le rite jusqu’à en faire un simple hommage civil dans une église.

La charité ne se résume pas à distribuer des colis

Camille : Votre lettre de mission mentionne l'accompagnement de personnes en précarité. Que faites-vous concrètement ?
Marc Wendling : Je participe à une permanence d'accueil avec des bénévoles engagés dans un réseau local de solidarité, en lien avec Caritas Alsace. Je rencontre des personnes endettées, des demandeurs d'asile, des travailleurs pauvres et des hommes sortant d'hébergement d'urgence. Mon col romain, lorsque je le porte, n'ouvre aucune porte administrative. Il ne donne pas non plus compétence pour traiter un dossier complexe.

Mon premier rôle consiste souvent à écouter, puis à mettre la personne en relation avec ceux qui savent agir : travailleur social, association spécialisée, juriste, service public. La charité chrétienne ne dispense pas du professionnalisme.

Une fois, un homme m’a demandé si l’Église pouvait l’aider à récupérer un titre de séjour. J’aurais pu lui donner une réponse pieuse et inutile. Nous avons plutôt appelé une association compétente, puis gardé le contact pendant plusieurs mois. Le service diaconal se joue aussi dans cette continuité. Les personnes pauvres ont trop souvent affaire à des interlocuteurs qui changent ou à des promesses sans lendemain.

Camille : La visite aux malades fait-elle partie de votre ministère ?
Marc Wendling : Oui. Je visite des personnes à domicile, en établissement d'hébergement ou à l'hôpital lorsque le cadre de l'aumônerie le permet. Je peux apporter la communion. Je ne donne pas l'onction des malades, même si des familles pensent parfois que tout ministre ordonné peut le faire. Dans ce cas, j'appelle un prêtre.

La visite ne doit pas devenir une célébration forcée. Certaines personnes ont besoin de parler de leur peur, de leur colère ou de leur solitude avant de pouvoir prier. D’autres ne veulent pas prier du tout ce jour-là. Respecter ce refus n’est pas renoncer à ma foi.

Le contexte alsacien demande aussi une certaine souplesse linguistique. Chez des personnes âgées, quelques mots en alsacien peuvent créer une proximité que le français institutionnel ne permet pas. Je ne maîtrise pas assez le dialecte pour conduire une célébration entière. Je préfère l’avouer plutôt que de jouer un folklore religieux.

Diacre en visite pastorale auprès d'une personne âgée dans un intérieur modeste
La visite aux malades et aux personnes isolées, l'une des missions concrètes confiées au diacre.

Entre le prêtre, le diacre et les laïcs, la place n’est pas toujours claire

Camille : Le diaconat permanent est parfois présenté comme une réponse au manque de prêtres. Êtes-vous d'accord ?
Marc Wendling : Non, si l'on veut dire que le diacre serait un prêtre de remplacement. La restauration du diaconat par Vatican II ne trouve pas son fondement dans la pénurie actuelle de prêtres. Elle repose sur une compréhension sacramentelle et ecclésiale du service.

Dans les faits, la diminution du nombre de prêtres modifie évidemment notre quotidien. Dans certaines communautés de paroisses du diocèse de Strasbourg, les distances sont importantes et le même prêtre dessert plusieurs clochers. Le diacre prend alors davantage de baptêmes, de mariages ou d’obsèques. Ce service est légitime. Le danger apparaît lorsqu’on définit son ministère uniquement par les tâches que le prêtre n’a plus le temps d’accomplir.

Si le nombre de prêtres augmentait fortement demain, mon ordination ne perdrait pas son sens. La présence auprès des pauvres, la proclamation de l’Évangile et le lien entre la vie sociale et la liturgie resteraient nécessaires.

Camille : Les relations avec les prêtres sont-elles simples ?
Marc Wendling : Elles sont fraternelles, mais pas automatiquement simples. Chaque prêtre possède sa manière de travailler. Certains donnent une grande autonomie et prennent le temps d'une relecture. D'autres voient surtout le diacre comme un exécutant liturgique. Il existe aussi des diacres qui empiètent sur la responsabilité du curé ou qui utilisent leur ancienneté locale comme un pouvoir parallèle.

La lettre de mission donnée par l’évêque aide à clarifier les choses. Elle ne règle pas tous les problèmes de caractère. Une réunion honnête vaut parfois mieux qu’un long rappel théologique — une question de collaboration clergé-laïcs que partagent d’autres communautés paroissiales du réseau catholique français, comme en témoigne aussi l’expérience d’un prêtre de paroisse rurale en Alsace.

Une tension plus discrète concerne les laïcs. L’ordination ne me rend pas plus compétent qu’une catéchiste formée depuis vingt ans, qu’un aumônier laïc d’hôpital ou qu’une responsable d’équipe funérailles. Je dois veiller à ne pas récupérer les missions simplement parce que je porte une étole. Le concile Vatican II a aussi remis en lumière la vocation baptismale de tous les fidèles. Le diaconat ne doit pas l’étouffer.

Camille : La question de la place des femmes se pose-t-elle dans ce cadre ?
Marc Wendling : Oui, et il serait artificiel de l'éviter. Dans l'Église catholique latine, seuls les hommes baptisés peuvent actuellement recevoir validement l'ordination, selon le canon 1024. En même temps, une grande part de la vie pastorale repose sur des femmes, souvent plus formées et plus présentes que les hommes.

Mon ordination ne peut pas servir à reléguer une femme laïque qui assumait déjà une responsabilité. Claire est particulièrement attentive à ce point. Elle me rappelle que l’Église peut tenir un discours sur le service tout en conservant des habitudes très masculines de décision. Je n’ai pas de solution personnelle à une question qui relève du discernement de l’Église universelle. Je peux au moins refuser de faire comme si elle n’existait pas.

Ce que change, et ne change pas, le régime concordataire

Camille : Le diocèse de Strasbourg vit sous un régime religieux particulier. Le Concordat a-t-il un effet sur votre statut ?
Marc Wendling : Pas directement sur mon ordination. Le sacrement et le droit canonique sont les mêmes à Strasbourg, Lyon ou Lille. Le contexte institutionnel diffère en Alsace-Moselle.

Le régime local repose sur le Concordat de 1801 et les Articles organiques de 1802, maintenus lors du retour de l’Alsace et de la Moselle à la France. La loi du 1er juin 1924 a conservé une partie de ce droit local. Quatre cultes bénéficient d’un statut reconnu : catholique, luthérien, réformé et israélite. Le ministère de l’Intérieur et l’Institut du droit local alsacien-mosellan fournissent les références juridiques les plus sûres sur ce dispositif.

Dans l’Église catholique, certaines catégories de ministres affectés à des emplois cultuels prévus par les textes sont rémunérées par l’État. Le processus de nomination des évêques de Strasbourg et de Metz conserve aussi une particularité concordataire, avec une intervention du président de la République et l’institution canonique par le pape.

Cela ne signifie pas que tout homme ordonné en Alsace reçoit automatiquement un traitement public. Un diacre permanent n’est pas rémunéré par l’État du seul fait de son ordination. La majorité conserve son salaire professionnel, puis sa retraite. Un diacre peut éventuellement occuper un emploi pastoral salarié, mais ce contrat doit être distingué de l’ordination elle-même.

Camille : Cette absence de rémunération pose-t-elle problème ?
Marc Wendling : Elle protège une certaine liberté : je demeure inséré dans la vie professionnelle et je ne dépends pas financièrement de la paroisse. Elle crée aussi une inégalité. Un cadre travaillant à temps partiel n'a pas les mêmes possibilités qu'un ouvrier en horaires postés, un artisan ou un père de jeunes enfants. Le diaconat permanent risque de recruter surtout des hommes dont la situation matérielle autorise plusieurs années de formation et beaucoup de bénévolat.

Cette limite mérite d’être regardée en face. Dire que « la Providence y pourvoira » ne suffit pas. Les diocèses doivent examiner les frais de déplacement, la formation, les assurances et les conditions concrètes de la mission. Un ministère gratuit ne devrait pas devenir un ministère financé silencieusement par l’épouse et le budget familial.

Tenir dans la durée sans se fabriquer un personnage

Camille : Qu'est-ce qui vous paraît le plus difficile après plusieurs années de ministère ?
Marc Wendling : Ne pas me croire indispensable. Au début, chaque demande semble confirmer l'appel reçu. On accepte un baptême supplémentaire, une réunion, puis une visite. La fatigue s'installe sans bruit. La famille la voit avant le diacre.

L’autre difficulté est de garder une vie spirituelle qui ne soit pas uniquement fonctionnelle. Préparer une homélie n’est pas la même chose que prier. Présider les laudes ne dispense pas de se tenir personnellement devant Dieu. Je suis accompagné spirituellement et je participe aux temps diocésains proposés aux diacres et à leurs épouses. Sans cette relecture, le ministère devient une succession de prestations.

Camille : Qu'est-ce qui vous rend heureux dans le diaconat ?
Marc Wendling : Les moments où les trois dimensions du ministère se rejoignent. Je pense à une famille rencontrée lors d'une permanence sociale, puis retrouvée pour la préparation d'un baptême. La relation n'était plus celle d'un aidant avec un bénéficiaire. Nous étions ensemble devant la Parole de Dieu, avec des vies très différentes et la même dignité baptismale.

Je pense aussi aux funérailles d’un ancien docker du Rhin. Ses anciens collègues, certains catholiques, d’autres protestants ou sans appartenance religieuse, remplissaient l’église. Son fils m’avait dit : « Ne faites pas de mon père un saint, il aurait détesté cela. » Cette phrase a guidé l’homélie. Il fallait parler de l’espérance chrétienne sans falsifier l’homme réel.

Le diacre est placé à cet endroit inconfortable : sur le seuil, entre l’autel et la rue, sans posséder ni l’un ni l’autre. Lorsque je cesse de vouloir rendre cet endroit confortable, mon ministère retrouve son sens.