Mille ans. Lorsque l’évêque Werner de Habsbourg pose, vers 1015, la première pierre d’une basilique nouvelle sur les fondations d’un sanctuaire mérovingien plus ancien encore, il ne se doute pas que son ouvrage traversera onze siècles de chantiers, d’incendies, de guerres, de révolutions et de remontages, pour devenir la cathédrale que l’on voit aujourd’hui. La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg n’est pas un édifice, c’est une stratification. Sous les voûtes gothiques de la nef actuelle dorment encore, à plus de cinq mètres de profondeur, les pierres romanes du XIe siècle. Au-dessus, à cent quarante-deux mètres, la flèche unique de Jean Hültz découpe contre le ciel rhénan une silhouette dont la singularité raconte, à elle seule, l’histoire du monument : un projet symétrique inachevé, devenu emblème absolu d’une cité libre.
Ce guide propose une traversée chronologique et thématique du chantier de la cathédrale, depuis ses origines ottoniennes jusqu’à ses chefs-d’œuvre sculptés et mécaniques. Il s’adresse aux visiteurs curieux, aux pèlerins, aux étudiants en histoire de l’art et plus largement à toutes les personnes pour qui une cathédrale n’est pas seulement un monument, mais un livre de pierre où se lisent en filigrane les transformations du christianisme occidental.
Aux origines : la cathédrale ottonienne de 1015
Pour approfondir, voir notre article sur abbaye de Marmoutier.
L’histoire de la cathédrale de Strasbourg commence bien avant la silhouette gothique que l’on connaît. Dès le VIIe siècle, un édifice mérovingien occupe l’emplacement actuel, attesté par les fouilles menées sous le sol de la crypte. Vers 1015, l’évêque Werner de Habsbourg, issu d’une grande famille du Saint-Empire, décide de remplacer ce sanctuaire vieillissant par une basilique digne de la nouvelle dynastie impériale ottonienne. Le chantier qu’il ouvre s’inscrit dans un vaste mouvement de reconstruction des cathédrales rhénanes amorcé sous Otton Ier, dans lequel Mayence, Spire, Worms et Strasbourg rivalisent d’ambition.
Le plan werneriane et son inscription rhénane
La cathédrale werneriane reste mal connue, faute de représentations contemporaines. Les fouilles archéologiques du XXe siècle, menées sous la nef et le transept actuels, ont toutefois permis d’en restituer le plan : une basilique à trois nefs, terminée à l’est par une abside semi-circulaire, sans transept saillant, et précédée à l’ouest par un massif occidental flanqué de deux tours. Ce type de plan, caractéristique du premier âge roman germanique, n’a pas survécu au grand incendie de 1176 qui ravage la ville et impose une reconstruction quasi totale du monument.
Que reste-t-il de la cathédrale de l’an mil ?
Il reste pourtant, de cette cathédrale ottonienne, plus qu’on ne croit. La crypte actuelle, dont la partie centrale remonte aux campagnes de 1015 à 1050, conserve les chapiteaux cubiques massifs, le décor sobre et les voûtes basses caractéristiques du premier roman. Y descendre, c’est entrer physiquement dans l’an mil. Les colonnes courtes, l’absence d’ornementation, la pesanteur du grès témoignent d’une esthétique radicalement étrangère à l’élan gothique qui dominera ensuite. C’est dans cette crypte que furent autrefois conservées les reliques de saint Adelphe, évêque de Metz au Ve siècle, dont la translation à Strasbourg avait précédé de quelques décennies la fondation werneriane.
Le chantier roman : 1015-1176
Pour prolonger cette lecture hors de nos colonnes, signalons la Librairie d’art et livre religieux (www.librairie-art-et-livre-religieux.fr), où l’on trouve des ressources complémentaires sur ce sujet.
Entre 1015 et le grand incendie de 1176, deux campagnes successives transforment progressivement l’édifice ottonien. Werner II d’Achalm, qui succède à Werner Ier en 1029, fait élargir le chœur et reconstruit la façade occidentale dans un style plus monumental. Au cours du XIIe siècle, les évêques Cunon de Michelbach puis Burchard d’Ettendorf engagent une seconde campagne qui modifie le transept et la nef. Cette cathédrale romane est alors l’une des plus importantes de l’Empire, dotée d’un chevet à plusieurs absidioles inspiré des modèles bourguignons.
Le chantier roman, dont les vestiges sont aujourd’hui réduits à la crypte et à quelques pierres remployées dans les murs gothiques, donne pourtant à la cathédrale ses orientations durables. C’est lui qui fixe le plan basilical à trois nefs, l’axe est-ouest sur lequel les architectes gothiques viendront ensuite greffer leur chœur et leur façade. C’est lui aussi qui inscrit la cathédrale dans la tradition rhénane, ce monde architectural qui va de Cologne à Bâle en passant par Mayence et Spire, et qui développera plus tard ses propres traits gothiques, distincts des modèles français du Bassin parisien.
En juin 1176, un incendie d’une violence exceptionnelle ravage la cathédrale et une grande partie du quartier épiscopal. La toiture s’effondre, les voûtes du chœur cèdent, le mobilier liturgique est entièrement détruit. L’évêque Henri Ier de Hasenburg, qui dirige alors le diocèse, décide non pas de réparer, mais de reconstruire. Cette décision, lourde de conséquences, ouvre l’âge gothique de la cathédrale de Strasbourg.
La révolution gothique : 1176-1275
Pendant près d’un siècle, entre 1176 et la fin du XIIIe siècle, la cathédrale de Strasbourg devient un laboratoire d’expérimentation gothique. La reconstruction commence par le chœur, conservé dans un style roman tardif probablement par souci de conserver l’orientation liturgique, puis se poursuit par le transept où apparaissent, dès les années 1220, les premiers caractères pleinement gothiques. Le maître d’œuvre du transept sud, dont le nom est perdu, introduit à Strasbourg le langage des cathédrales du nord de la France : ogives, arcs-boutants, baies hautes, mais sans renoncer aux héritages rhénans visibles dans les proportions et la décoration sculptée.
C’est dans ce transept sud que prend place le pilier des Anges, ce chef-d’œuvre sculpté daté des années 1230, qui constitue à lui seul un sommet de la statuaire gothique européenne. Sur trois niveaux superposés, sa colonne centrale porte un programme iconographique du Jugement dernier d’une exceptionnelle cohérence théologique. À la base, les quatre évangélistes; au milieu, les anges porteurs des instruments de la Passion; au sommet, les anges sonnant les trompettes annonçant le retour du Christ en gloire. Les visages, d’une sérénité quasi-classique, et les drapés, d’une élégance toute parisienne, témoignent de la circulation des artistes entre Reims, Paris et la vallée du Rhin au cœur du XIIIe siècle.
La nef gothique est ensuite construite à partir de 1240, sous la direction d’un maître d’œuvre formé en Champagne et fortement marqué par l’esthétique de la cathédrale de Reims. Les piliers fasciculés, les triforium ajourés, les baies hautes garnies de vitraux du XIIIe siècle, encore visibles aujourd’hui pour partie, font de cette nef l’un des sommets du gothique rhénan. Les arcs-boutants, dissimulés derrière les toitures secondaires, permettent à l’édifice d’atteindre une hauteur sous voûte de trente-deux mètres, considérable pour son temps. C’est cette nef que voient encore aujourd’hui les visiteurs, à peine modifiée depuis le XIVe siècle.
La façade et la flèche : signature d’une cathédrale inachevée
Le lecteur curieux d’aller plus loin trouvera des éléments complémentaires dans notre article consacré aux abbaye de Murbach.
Le chantier de la façade occidentale s’ouvre en 1276 sous la direction d’Erwin de Steinbach, maître d’œuvre dont la figure traverse à elle seule l’histoire de la cathédrale. Le grand plan qu’il dessine, conservé sur parchemin au Musée de l’Œuvre Notre-Dame, prévoit une façade à trois portails surmontés d’une rose monumentale, le tout couronné par deux flèches symétriques flanquant un beffroi central. Cette conception, profondément inspirée des cathédrales françaises mais retravaillée selon une esthétique propre à l’école de Strasbourg, présente une densité ornementale exceptionnelle : la façade entière est traitée comme une dentelle de pierre, avec des baies aveugles, des galeries d’arcatures et des sculptures qui se superposent jusqu’à dématérialiser le mur.
L’œuvre d’Erwin de Steinbach et de ses successeurs
À la mort d’Erwin de Steinbach en 1318, la façade n’est encore montée que jusqu’au-dessus de la galerie des apôtres. Son fils Jean, puis ses successeurs, poursuivent le chantier en respectant globalement le plan paternel, mais en adaptant la décoration aux goûts du XIVe siècle. La rosace ouest, achevée vers 1320, devient l’un des plus grands chefs-d’œuvre du gothique rayonnant, avec ses seize rayons divisés en seize compartiments, soit deux cent cinquante-six médaillons de remplages géométriques. La galerie des apôtres et le pignon central sont achevés au début du XVe siècle.
De Jean Hültz à Cologne : naissance d’une flèche unique
Quant à la flèche, son histoire mérite à elle seule un développement. Le projet initial d’Erwin prévoyait, comme à Cologne, deux flèches identiques. Le chantier se concentre d’abord sur la tour nord, dont les premiers étages sont édifiés au XIVe siècle sous la direction d’Ulrich d’Ensingen, le maître d’œuvre qui sera aussi à l’origine des flèches d’Ulm et de Bâle. À sa mort en 1419, le couronnement reste à imaginer. C’est son successeur Jean Hültz, originaire de Cologne, qui résout le problème en concevant une flèche octogonale ajourée, articulée en huit escaliers extérieurs qui montent en spirale jusqu’à la croix sommitale. Cette flèche, achevée en 1439, atteint 142 mètres. Elle restera, pendant deux cent vingt-sept ans, le plus haut édifice du monde occidental.
La seconde flèche, prévue sur la tour sud, ne sera jamais construite. Le projet est abandonné progressivement au cours du XVe siècle, faute de financement, puis définitivement enterré par la Réforme protestante qui transforme la cathédrale en église luthérienne entre 1524 et 1681. Cette asymétrie, originellement subie comme un inachèvement, deviendra avec le temps la signature visuelle absolue de la cathédrale. Les guides anciens, encore au XIXe siècle, parlaient d’une cathédrale « manquée » ou « mutilée ». Aujourd’hui, plus personne n’imaginerait Strasbourg autrement.
Le pilier des Anges : un sommet de la sculpture gothique
Au centre du transept sud, immédiatement frappante pour qui pénètre dans la cathédrale, se dresse une colonne de grès rose qui n’a pas de fonction porteuse réelle, mais qui condense à elle seule un sommet de la sculpture européenne du XIIIe siècle. Le pilier des Anges, daté des années 1230, est l’œuvre d’un atelier formé en Champagne et probablement passé par les chantiers de Reims, où s’élabore alors un nouveau langage statuaire dominé par les drapés flottants, les visages souriants et les hanches inclinées.
Le programme iconographique du pilier des Anges déploie une théologie eschatologique d’une rare cohérence. À la base, les quatre évangélistes — Matthieu, Marc, Luc et Jean — accompagnés de leur symbole respectif : l’homme ailé, le lion, le taureau et l’aigle. Au-dessus, dans une niche centrale, le Christ en gloire est entouré de quatre anges porteurs des instruments de la Passion : la croix, la couronne d’épines, les clous et la lance. Au sommet, encore quatre anges, mais cette fois sonnant les trompettes du Jugement dernier, annonçant la résurrection des morts et le retour du Christ pour juger les vivants et les défunts.
Cette structure tripartite — les évangélistes-témoins, la Passion-rédemption, le Jugement-eschatologie — résume en pierre la totalité de l’économie du salut chrétien telle que la formule la théologie du XIIIe siècle, dans la lignée de saint Thomas d’Aquin. Le pilier n’est donc pas une simple œuvre d’art : c’est un sermon visuel, dressé au cœur de la cathédrale pour rappeler aux fidèles, à chaque entrée et à chaque sortie, l’horizon ultime de leur existence. Sa beauté est inséparable de son intention catéchétique.
L’horloge astronomique : cosmologie et liturgie
À côté du pilier des Anges, dans le bras sud du transept, se trouve l’autre chef-d’œuvre de la cathédrale, infiniment plus récent que le pilier mais tout aussi célèbre : l’horloge astronomique. Trois horloges se sont en réalité succédé au même emplacement. La première, dite des Trois Rois, fut installée vers 1352 mais cessa de fonctionner dès le début du XVIe siècle. La seconde, construite entre 1547 et 1574 par le savant strasbourgeois Conrad Dasypodius en collaboration avec les frères Habrecht, marque une étape capitale dans l’histoire de l’horlogerie européenne; elle s’arrêta au milieu du XVIIIe siècle. L’horloge actuelle, troisième de la série, est l’œuvre du mécanicien alsacien Jean-Baptiste Schwilgué, qui la met en service le 31 décembre 1842, en réutilisant la magnifique caisse Renaissance de Dasypodius.
L’horloge de Schwilgué ne se contente pas d’indiquer l’heure. Elle calcule en temps réel les positions du soleil, de la lune et des planètes visibles à l’œil nu, les éclipses, la date de Pâques selon le comput grégorien, et déclenche chaque jour un défilé automatisé d’automates : les âges de la vie défilent devant la Mort qui sonne le quart d’heure, le coq chante trois fois, et à douze heures trente précises, le grand défilé des apôtres devant le Christ se déclenche, chacun s’inclinant à son tour devant le Sauveur qui les bénit.
Cette mécanique extraordinaire dépasse de loin la simple prouesse technique. Elle prolonge, en plein XIXe siècle, une tradition médiévale qui considérait les horloges astronomiques comme des microcosmes, des modèles réduits de l’univers conçu comme une horlogerie divine. Voir l’horloge fonctionner, c’est, dans la tradition catholique, voir se dérouler à la fois le temps cosmique des planètes, le temps liturgique de l’année chrétienne et le temps eschatologique du Jugement. Ce calendrier perpétuel mécanisé inscrit la cathédrale dans une tradition liturgique millénaire qui pense le temps comme tissu sacré.
La rosace ouest et le programme des vitraux
Au-dessus du portail central, à treize mètres de diamètre, la rosace ouest est l’un des sommets de l’art du vitrail gothique. Achevée vers 1320 par Erwin de Steinbach et son atelier, elle déploie une géométrie rayonnante de seize rais divisés en seize compartiments, formant un total de deux cent cinquante-six médaillons décoratifs. L’iconographie centrale, qui a connu plusieurs restaurations depuis le XVIIIe siècle, présente la Vierge à l’Enfant entourée de symboles mariaux. Vu de l’intérieur, lorsque la lumière du couchant pénètre à travers les verres, l’effet est saisissant : la rosace semble s’animer, ses couleurs profondes de bleu cobalt, de rouge rubis et d’or transformant la nef en bain coloré.
Les vitraux des baies hautes de la nef, datés pour les plus anciens du XIIIe siècle, constituent l’un des plus précieux ensembles de vitraux médiévaux conservés en France. Côté nord, la série des empereurs du Saint-Empire fait défiler vingt-quatre figures couronnées, des Carolingiens aux Habsbourg, rappelant le statut de ville d’Empire dont jouissait Strasbourg jusqu’à son annexion française en 1681. Côté sud, ce sont les évêques et saints du diocèse qui sont représentés, sainte Odile et saint Arbogast en tête, deux figures fondatrices du christianisme alsacien dont la mémoire reste vivante dans la dévotion populaire. Un guide complet de l’iconographie des vitraux alsaciens permet d’approfondir cette lecture des baies.
Le passage des vitraux par les épreuves de l’histoire est tragique. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, ils sont déposés et mis à l’abri par les autorités diocésaines, ce qui leur évite la destruction par les bombardements aériens de 1944. Cette opération de sauvetage, conduite dans la plus grande discrétion entre 1939 et 1942, est aujourd’hui considérée comme l’une des plus remarquables interventions de protection du patrimoine religieux européen pendant le conflit. Les vitraux ont retrouvé leurs baies après-guerre, restaurés et reposés avec soin.
La cathédrale dans la cité : Strasbourg et son symbole
La cathédrale n’est pas un objet isolé. Elle est le cœur d’une ville dont elle a façonné le plan, la mémoire et l’imaginaire. Au Moyen Âge, le quartier épiscopal s’étend tout autour, comprenant la résidence de l’évêque, les bâtiments du chapitre, l’Œuvre Notre-Dame et les écoles capitulaires. Strasbourg est alors une ville libre d’Empire, et la cathédrale incarne à la fois l’autorité de l’évêque-prince et la prospérité d’une bourgeoisie marchande qui finance largement le chantier. Cette double identité — épiscopale et bourgeoise — explique le caractère unique de l’institution de l’Œuvre Notre-Dame, fondation laïque chargée depuis 1224 de l’entretien et de la maintenance du monument, qui existe encore aujourd’hui sous la même forme, sans interruption depuis huit cents ans.
L’histoire religieuse de la cathédrale est mouvementée. En 1524, la ville bascule dans la Réforme, et le monument devient temple luthérien. Pendant un siècle et demi, les messes catholiques y sont interdites, les autels marials détruits, le mobilier liturgique simplifié. C’est seulement en 1681, lors de l’annexion de Strasbourg par Louis XIV, que la cathédrale est rendue au culte catholique. Cette transition se fait sans violence majeure, et la cathédrale devient le symbole, fragile mais réel, d’une coexistence confessionnelle qui marquera durablement l’identité alsacienne. Les paroisses du réseau diocésain et les communautés alsaciennes perpétuent encore aujourd’hui certains aspects de cette dévotion mariale ancienne, dont la cathédrale strasbourgeoise reste le grand foyer.
Le XIXe siècle voit la cathédrale entrer dans la mémoire romantique européenne. Goethe, étudiant à Strasbourg en 1770-1771, en fait l’éloge dans son essai De l’architecture allemande (1772), texte fondateur du néogothique romantique. Pour lui, le monument est le symbole d’un génie spirituel collectif, opposé à la rationalité classique du XVIIIe siècle. Viollet-le-Duc, plus tard, l’étudie sur place pour ses propres restaurations. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, la cathédrale est partiellement endommagée par les obus prussiens, et sa restauration au cours des décennies suivantes devient un enjeu identitaire pour la nouvelle Reichsland Elsaß-Lothringen.
Visiter la cathédrale aujourd’hui
Pour le visiteur contemporain, la découverte de la cathédrale demande du temps. Une visite express d’une demi-heure permet d’embrasser la façade, la rosace, la nef, le pilier des Anges et l’horloge astronomique. Une visite approfondie de deux à trois heures s’impose pour qui veut prendre la mesure du monument : descendre dans la crypte ottonienne, parcourir le tour du chœur, monter la plate-forme de la flèche par les trois cent trente-deux marches qui mènent à soixante-six mètres de hauteur, et achever la visite par le Musée de l’Œuvre Notre-Dame qui conserve les originaux des statues médiévales et les plans d’Erwin de Steinbach.
La cathédrale est ouverte tous les jours en accès libre. Les messes y sont célébrées quotidiennement, et un programme musical exceptionnel — concerts d’orgue, vêpres chantées, festival de musique sacrée — anime régulièrement l’édifice. Pour qui souhaite approfondir, l’Œuvre Notre-Dame propose une bibliothèque de littérature religieuse et théologique qui peut servir de prolongement aux découvertes faites in situ. La cathédrale s’inscrit aussi dans un itinéraire plus large, qui comprend les abbayes médiévales d’Alsace et les sanctuaires liés aux figures fondatrices du christianisme régional.
Mille ans après la pose de la première pierre par Werner de Habsbourg, la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg continue d’accueillir, chaque année, près de quatre millions de visiteurs et de fidèles. Sa flèche unique reste debout, signature inimitable d’une ville qui n’a pas voulu refaire son histoire, mais qui en assume la singularité comme un héritage vivant.
Pour les aspects patrimoniaux, architecturaux et les informations pratiques de visite — classement monument historique, conservation du grès rose, horaires et accès — le guide complet de Monuments d’Alsace constitue la référence encyclopédique sur la cathédrale et les monuments alsaciens.