L’Annonciation 2027 réserve un cas de calendrier rare : la fête est fixée au 25 mars, mais en 2027 cette date tombe un jeudi saint, au cœur du Triduum pascal. La solennité de l’Annonciation du Seigneur est donc transférée au lundi 5 avril 2027, lendemain du dimanche de la Divine Miséricorde, conformément à la règle du calendrier liturgique romain. Quinze siècles d’histoire, un récit d’une page de Luc, et toute une imagerie de la Vierge qui lisait quand l’ange entra : voici ce qu’il faut savoir de cette fête qui, en 2027, se célèbrera presque deux semaines plus tard que d’habitude.
Quelle date pour l’Annonciation en 2027 ?
La date de l’Annonciation est fixe : le 25 mars, neuf mois avant Noël, dans le calendrier liturgique romain. Mais 2027 est une année de Pâques très précoce — le dimanche de Pâques tombe le 28 mars 2027, l’un des plus tôt possibles. Le 25 mars tombe alors un jeudi saint, premier jour du Triduum pascal, et la solennité doit céder la place à la célébration de la Cène du Seigneur.
| Année | 25 mars tombe un… | Sort de la solennité |
|---|---|---|
| 2024 | lundi, 4e semaine de Carême | Célébrée le 25 mars |
| 2025 | mardi, 4e semaine de Carême | Célébrée le 25 mars |
| 2026 | mercredi, 5e semaine de Carême | Célébrée le 25 mars |
| 2027 | jeudi saint, Triduum pascal | Transférée au lundi 5 avril 2027 |
| 2028 | samedi, 4e semaine de Carême | Célébrée le 25 mars |
Pour replacer la fête dans l’ensemble des temps forts de l’année, du mercredi des Cendres au dimanche du Christ-Roi, on se reportera au calendrier liturgique catholique 2026-2027, qui intègre ces transferts.
Pourquoi la solennité est-elle reportée en 2027 ?
La règle est ancienne et tient en une phrase des Normes générales pour l’année liturgique et le calendrier promulguées en 1969 : quand le 25 mars tombe en Semaine sainte ou dans l’octave de Pâques, la solennité de l’Annonciation est transférée au lundi suivant le deuxième dimanche de Pâques, c’est-à-dire le lendemain du dimanche de la Divine Miséricorde. En 2027, ce lundi est le 5 avril. L’encyclopédie catholique de 1907 formulait déjà la règle en parlant du « deuxième lundi après Pâques » (Catholic Encyclopedia, vol. 1, 1907, article « Feast of the Annunciation », consulté en 2026).
Ce cas s’est produit plusieurs fois ces dernières décennies : en 2005, le 25 mars était un vendredi saint et la fête avait été reportée ; en 2016, le 25 mars tombait à nouveau un vendredi saint, et les paroisses françaises ont célébré l’Annonciation le lundi 4 avril. Le transfert n’est donc ni une nouveauté ni une exception locale : il traduit la hiérarchie du calendrier, où la solennité de la Passion et de la Résurrection prime sur toutes les autres.
Le phénomène est inversement lié à la date de Pâques : tant que Pâques tombe après le 2 avril, le 25 mars reste dans le Carême ordinaire et la fête garde sa date — c’est le cas de 2023 à 2026 et de 2028. Les sources de référence pour les dates de 2027 (Hozana, Les dates du Carême 2027, publié en 2026 ; Calendrier liturgique 2027, consultés en 2026) confirment la Semaine sainte du dimanche 21 mars au samedi 27 mars 2027.
Le récit de Luc : « Voici la servante du Seigneur »
Le seul récit évangélique de l’Annonciation se trouve en Luc 1, 26-38. Le sixième mois de la grossesse d’Élisabeth — elle qui portait Jean le Baptiste malgré son âge —, l’ange Gabriel est envoyé à Nazareth, « à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie ».
La scène tient en quelques mouvements d’une densité remarquable :
- la salutation de l’ange — « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi » — bouleverse Marie, qui s’interroge ;
- l’annonce : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus », grand, Fils du Très-Haut, héritier du trône de David, « et son règne n’aura pas de fin » ;
- la question de Marie : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » — et la réponse sur l’Esprit Saint et la puissance du Très-Haut, « c’est pourquoi celui qui va naître sera saint ; il sera appelé Fils de Dieu » ;
- le fiat : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Le Catéchisme de l’Église catholique (n° 484-486) rappelle que la libre acceptation de Marie est essentielle : « Il ne peut racheter l’homme, créé libre, sans un libre oui de sa volonté » (Joseph Ratzinger, L’Enfance de Jésus, 2013). L’Annonciation est ainsi à la fois le début de l’Incarnation et l’un des plus beaux textes sur la liberté dans la réponse à Dieu.
Une fête héritée des premiers siècles
La plus ancienne attestation indiscutable de la célébration de la fête remonte à Proclus de Constantinople, patriarche mort avant le milieu du Ve siècle (New Schaff-Herzog Encyclopedia, 1908, consultée en 2026). En Orient, le concile in Trullo (691-692) montre déjà la fête installée dans le Carême : son 52e canon excepte expressément le jour de l’Annonciation de la liturgie des présanctifiés, cette messe du Carême byzantin qui n’est pas une célébration eucharistique ordinaire.
En Occident, la fête du 25 mars est insérée dans le calendrier dans la seconde moitié du VIIe siècle, à une époque où le 25 décembre est désormais fixé : la date fut placée symboliquement neuf mois avant Noël, sur un jour qui correspondait à l’équinoxe de printemps du calendrier romain. Le pape Serge Ier (687-701) institue des processions mariales dont celle de l’Annonciation ; curieusement, la fête s’appelle d’abord « Annonciation du Seigneur » (Annuntiationis Domini) avant de devenir « de la Bienheureuse Vierge Marie », et ce n’est qu’en 1969, après Vatican II, qu’elle reçoit son titre actuel de solennité de l’Annonciation du Seigneur (Wikipédia, « Annonciation », s’appuyant sur P. Rouillard, Les fêtes chrétiennes en Occident, Cerf, 2003, consulté en 2026).
Le Moyen Âge chrétien aimait à densifier le 25 mars : on y fixa tour à tour, selon une tradition médiévale relevée par Philippe Rouillard, le premier jour de la création du monde, la chute d’Adam, le sacrifice d’Isaac, la mort du Christ sur la croix et même le Jugement dernier. Neuf mois avant la naissance, le jour même — selon une ancienne lecture — de la mort : l’Annonciation comme début et somme de toute l’histoire du salut.
De l’Angélus aux cloches : la prière qui prolonge la fête
Les paroles de l’ange et de Marie n’ont pas seulement fait une fête : elles ont fait une prière quotidienne. L’Angélus reprend la salutation angélique (« L’ange du Seigneur porta l’annonce à Marie » / « Je suis la servante du Seigneur ») suivie d’un verset et d’une collecte sur l’Incarnation. Née des monastères où la cloche du soir invitait à réciter des Ave Maria, la pratique s’est étendue au triple office de la journée — matin, midi, soir — et le pape Callixte III prescrivit en 1456 la sonnerie de midi dans l’Église universelle, usage que les clochers d’Alsace ont gardé jusqu’à nos jours.
Deux précisions aident à comprendre le geste :
- l’Angélus n’est pas une prière magique adressée à la cloche : c’est la cloche qui appelle à la prière, elle ne la remplace pas ;
- depuis longtemps, le pape remplace l’Angélus par le Regina Caeli du dimanche de Pâques à la Pentecôte, prière de louange que Jean-Paul II récitait place Saint-Pierre chaque dimanche du temps pascal — la prière elle-même suit le rythme de l’année liturgique.
Pour qui visite les églises du piémont alsacien ou les paroisses de Strasbourg, la sonnerie de midi reste l’écho le plus quotidien du 25 mars. Comme le rappelle notre entretien avec un carillonneur strasbourgeois, les cloches structurent encore la vie liturgique de la ville autour du Triduum pascal — auquel le calendrier de 2027, justement, emmène la fête de l’Annonciation.
L’Annonciation dans l’art sacré : une Vierge qui lit
Peu de sujets ont autant nourri l’art chrétien, d’Orient en Occident. Les conventions de l’image se sont fixées très tôt : Marie est surprise en lisant — un livre posé sur un pupitre, qu’elle quitte à peine lorsque Gabriel entre ; l’ange, souvent agenouillé ou incliné, apporte le message ; entre les deux, le Saint-Esprit descend comme une colombe, et un lys s’ouvre dans un vase. La Vierge se tient parfois dans un hortus conclusus, le « jardin clos » emprunté au Cantique des cantiques, devenu l’un de ses symboles les plus stables (Wikipédia, « Annonciation », consulté en 2026).
L’historien de l’art Philippe Junod a relevé un détail savoureux : entre le milieu du XVe et le milieu du XVIIe siècle, une série d’Annonciations — peintures murales, enluminures, panneaux — introduit un sablier ou une horloge dans la scène, comme si l’art voulait figurer l’instant précis où l’Éternité entre dans le temps (« De l’éternité au temps. Note sur les Annonciations au sablier », Artibus et Historiae, n° 83, 2021).
Dans le patrimoine rhénan et alsacien, le thème court à travers les siècles : verrières des églises gothiques, groupes sculptés de retables, statues de Gabriel et de la Vierge destinées à encadrer un chœur ou un autel. Notre dossier sur les vitraux et l’art sacré en Alsace revient longuement sur ce langage de la lumière : chez les verriers, l’Annonciation se reconnaît d’emblée à la couleur — le bleu profond du manteau de Marie, l’or des ailes, et la bande de lumière oblique qui traverse la scène du haut vers la Vierge.
Dans les autres traditions chrétiennes
L’Annonciation unit là où tant de choses divisent : catholiques et orthodoxes la fêtent le même jour, le 25 mars. Chez les orthodoxes, elle porte le nom d’Evangelismos — la « Bonne Nouvelle » — et figure parmi les douze grandes fêtes du calendrier byzantin. Lorsqu’elle tombe en Carême, le jeûne s’y relâche : vin et huile sont permis, et souvent le poisson, comme pour dire que la joie de l’Incarnation dépasse le jeûne qui la prépare. Certaines Églises orthodoxes suivant le calendrier julien la célèbrent le 7 avril du calendrier grégorien. La même réalité de l’Incarnation traverse d’ailleurs tout le cycle byzantin, comme en témoigne la fête de la Présentation du Seigneur au Temple dans la tradition orthodoxe — le Sretenie du 2 février, où la rencontre de Syméon fait écho, dans l’hymnographie de la nuit, à la salutation de Gabriel.
La fête a aussi une dimension civile, preuve de son ancrage populaire : au Liban, où elle est citée dans l’Évangile comme dans le Coran, le 25 mars est jour de fête nationale, voulu comme symbole de l’unité islamo-chrétienne ; en Grèce, le 25 mars est à la fois l’Annonciation et le jour national, puisque l’insurrection de 1821 contre l’occupation ottomane s’y est ouverte sur tout le territoire (Wikipédia, « Annonciation », consulté en 2026). À Nazareth, la basilique de l’Annonciation — la plus grande église du Moyen-Orient, inaugurée par Paul VI en 1964 et consacrée en 1969 — a été édifiée au-dessus de la grotte que la tradition identifie comme celle de l’événement.
Vivre l’Annonciation en 2027
En 2027, les paroisses d’Alsace — qui suivent, comme tout le diocèse de Strasbourg, le calendrier romain — célébreront donc la solennité le lundi 5 avril 2027, au cœur du temps pascal. Ce déplacement n’est pas une perte : c’est une invitation à lire la fête à la lumière de Pâques, dont elle est en quelque sorte le prélude silencieux — l’Incarnation déjà annonçant la Résurrection.
Quelques pistes simples, pour ce jour-là comme pour tous les autres :
- Dire l’Angélus le matin, à midi ou le soir, en laissant résonner la réponse de Marie plutôt que de réciter vite ;
- Relire Luc 1, 26-38 lentement, en remarquant que la première réaction de Marie est une question — la foi n’interdit pas de demander ;
- Lever les yeux dans une église : chaque Annonciation de vitrail ou de retable est une méditation prête à l’usage, et les églises de la région en offrent de magnifiques exemples, à Strasbourg comme dans les villages du piémont ;
- Suivre le fil du calendrier : le 5 avril 2027, la fête arrive juste après Pâques, non loin de la marche pascale vers les dimanches de Carême et de ses fêtes — le temps liturgique 2027 promet une année dense, dont la séquence Noël-Épiphanie-Baptême ouvre le premier mouvement.
La fête de l’Annonciation tient en une phrase que les mères de famille alsaciennes transmettaient sans le savoir : un message reçu, une question posée, un oui dit. En 2027, ce oui résonnera un lundi de Pâques — et personne ne dira qu’il arrive en retard.
