La Chandeleur 2027 tombe le mardi 2 février 2027. Dans l’Église catholique, cette fête porte le nom officiel de Présentation du Seigneur au Temple : quarante jours après Noël, elle célèbre l’entrée de l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem, la purification de Marie et la rencontre avec les vieillards Syméon et Anne. La bénédiction des cierges en fait la « fête de la lumière » — et, en Alsace, l’ancienne Lichtmess y ajoute le souvenir des travaux des champs et les crêpes dorées du jour le plus court de l’hiver.
Le 2 février, quarante jours après Noël
La date de la Présentation du Seigneur est fixe : le 2 février, chaque année, dans le calendrier liturgique romain. Le calcul vient de la Loi de Moïse : une mère se présentait au sanctuaire quarante jours après la naissance d’un fils pour son purification (Lv 12, 1-8). Le récit de Luc situe précisément cet événement quarante jours après la naissance du Christ, d’où la date du 2 février, quarante jours après le 25 décembre.
Cette fête a un statut particulier dans l’année liturgique : elle clôt symboliquement le temps de Noël, prolongé par l’Épiphanie et le Baptême du Seigneur, tout en ouvrant la marche vers le Carême, qui débute huit jours plus tard en 2027 avec le Mercredi des Cendres du 10 février.
| Repère autour de la Chandeleur 2027 | Date | Place dans l’année liturgique |
|---|---|---|
| Baptême du Seigneur | dimanche 10 janvier 2027 | Clôture du temps de Noël |
| Présentation du Seigneur (Chandeleur) | mardi 2 février 2027 | Fête de la lumière, quarante jours après Noël |
| Mercredi des Cendres | 10 février 2027 | Entrée en Carême |
| Premier dimanche de Carême | 14 février 2027 | Début des dimanches de Carême |
Pour situer la fête dans l’ensemble des temps et solennités de l’année, on se reportera utilement au calendrier liturgique catholique 2026-2027.
Ce que raconte Luc : le Temple, Syméon et Anne
Le seul récit évangélique de la Présentation se trouve en Luc 2, 22-38. Marie et Joseph montent à Jérusalem pour présenter l’enfant au Seigneur, selon la loi, et offrent le sacrifice des pauvres, « deux tourterelles ou deux jeunes pigeons ». Au Temple, un homme juste et religieux nommé Syméon accueille l’enfant dans ses bras et prononce le cantique qui porte son nom latin : Nunc dimittis — « Maintenant, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, lumière qui se révèle aux nations et gloire d’Israël ton peuple » (Lc 2, 29-32).
La scène a une densité théologique remarquable pour un récit aussi bref :
- Syméon reconnaît dans ce nourrisson le salut attendu par Israël et la lumière des nations ;
- il annonce à Marie que l’enfant sera « un signe en butte à la contradiction » et qu’une épée transpercera son âme, prophétie de la Passion ;
- une prophétesse, Anne, veuve de quatre-vingt-quatre ans, « ne quittait pas le Temple » : elle rend grâce à Dieu et parle de l’enfant « à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ».
L’Église a donc lu dans ce passage l’une des plus anciennes christologies de la Lumière : le Christ enfant est déjà la lumière qui vient éclairer les peuples, bien avant les discours publics du ministry.
De la Purification de Marie à la rencontre au Temple
Jusqu’à la réforme liturgique du concile Vatican II, la fête était couramment nommée « Purification de la Vierge Marie », d’après le cadre lévitique. Le calendrier romain actuel, tout en conservant la mémoire de la mère, met l’accent sur la présentation du Christ au Temple et sur la rencontre : le Missel romain intitule la messe « Présentation du Seigneur ». Le rituel prévoit que, lors de la procession d’entrée, les fidèles portent des cierges allumés — geste resté vivant dans de nombreuses paroisses d’Alsace, où les cierges de cire jaune ou blanche accompagnent encore la messe du 2 février.
Le geste n’est pas un folklore ajouté : il suit le sens même du cantique de Syméon. Lumière se révélant aux nations, le Christ est accueilli comme la chandelle dont la flamme dispense la clarté. D’où le nom populaire de la fête en français, « Chandeleur », qui vient directement de candela, la chandelle — et non de la crêpe.
La bénédiction des cierges : un sacramental de la maison chrétienne
La bénédiction des cierges est le rite caractéristique de cette journée. Le prêtre fait asperger d’eau bénite les cierges que les fidèles ont apportés, puis les allume à la flamme pascale ou à un cierge principal. Chaque famille repartait traditionnellement avec ses cierges bénis pour l’année : on les allumait à la fête de la maison, aux jours solennels, et — dans des usages recensés par les folkloristes alsaciens et lorrains du XIXe siècle — à l’heure de la mort, comme signe que le défunt quittait cette lumière pour la Lumière elle-même.
Trois précisions rendent ce geste à sa juste place :
- le cierge béni est un sacramental : un signe sacré institué par l’Église qui prépare aux sacrements et sanctifie les circonstances de la vie ;
- il n’a aucune efficacité magique : la bénédiction engage une vie de prière, non une protection automatique ;
- il unit le foyer à la liturgie paroissiale : ce qui a été béni en assemblée accompagne la vie quotidienne, comme le pain béni de Pâques ou les rameaux du dimanche des Rameaux.
La Présentation du Seigneur dans l’art sacré
Les artistes médiévaux ont très tôt trouvé dans le récit de Luc un sujet d’une pudeur toute particulière. La scène dite de la Présentation au Temple — Marie tendant l’enfant au vieillard Syméon, Joseph portant les colombes du sacrifice, Anne désignant le groupe de son doigt — figure dans les portails, les retables et les vitraux d’une grande partie de l’Europe rhénane. La cathédrale de Strasbourg elle-même, dont la statuaire du portail nord des anges illustre la théologie de l’ancienne loi et de la nouvelle, appartient à ce monde d’images où la lumière du vitrail dialogue avec la chandelle du 2 février.
Les vitraux de la Présentation jouent systématiquement sur un même contraste : la lumière extérieure traverse le verre coloré pendant que les cierges de la procession brûlent dans la nef. L’art sacré dit alors par les yeux ce que le Nunc dimittis dit par les mots : le Christ est la lumière que les anciens attendaient. Notre dossier sur les vitraux et l’art sacré en Alsace revient longuement sur ce langage de la lumière, matériau premier de la Chandeleur.
Dans les maisons paysannes, la correspondance était plus simple encore : le cierge béni le 2 février tenait lieu, le soir, de premier « vitrail » domestique. On le plaçait devant l’image de la Vierge, entre les deux rideaux de la fenêtre, et la flamme répondait de loin aux cloches du soir. C’est toute la fête : une lumière petite et tenace, confiée à chaque foyer.
Lichtmess en Alsace : la messe de la lumière et le retour aux champs
L’Alsace a gardé pour la Chandeleur un nom qui dit toute la fête : Lichtmess, en alsacien Maria Lìechtmass, la « messe de la lumière ». Le Dictionnaire historique de l’Alsace de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (dhialsace.bnu.fr, notice « Lichtmess », consultée en 2026) et les collectes du Musée alsacien y relèvent des traditions paysannes d’une remarquable cohérence : le 2 février fermait l’hiver domestique — le filage au rouet, le tissage à l’atelier — et rouvrait les travaux des champs.
Une formule populaire alsacienne, recueillie par la tradition orale et citée par la BNU, le résume avec humour :
Maria Lìechtmass, s Spìnne vergass, s Radel hìnter d’Tìr, s Rabmasser evìr !
« À la messe de la lumière, on oublie le fuseau, on range le rouet derrière la porte, et l’on reprend les outils. » Le calendrier agraire comptait aussi : la date servait de terme de paiement pour une partie des fermages et redevances, nommée Beet — parfois Hornungsbeet ou Lichtmessbeet — dans les contrats ruraux de l’Alsace rhenane et vosgienne. Ces dictons et comptes de ferme appartiennent à la riche tradition des dictons et de la sagesse populaire d’Alsace transmise en dialecte.
Cette continuité mérite d’être notée : la fête chrétienne de la lumière et le calendrier des travaux se sont longtemps renforcés mutuellement, sans se confondre. La procession aux cierges du matin et la reprise de la charrue n’avaient pas la même nature, mais elles rythmaient la même journée de l’hiver, dans un monde où liturgie et agriculture articulaient encore le temps ensemble.
Crêpes, « petits soleils » et gueuleton du mois le plus court
La crêpe de la Chandeleur est un cas classique de tradition populaire greffée sur une fête religieuse sans en dépendre. Les explications traditionnelles convergent :
- la forme ronde et la couleur dorée évoquent le disque solaire qui revient après les jours sombres de janvier ;
- la fécondité et les semences : en retournant la première crêpe, on souhaitait une année abondante ;
- une lecture plus matérielle, défendue par plusieurs historiens de l’alimentation, y voit l’usage des réserves de farine hivernales avant la pénurie de fin d’hiver.
En Alsace, les crêpes (Grumbeerekiechle salées à la pomme de terre côtoient les crêpes sucrées) marquent le premier gueuleton convivial de l’année, avant les beignets de Carnaval et les gâteaux de Pâques. Le Noël strasbourgeois, avec son Christkindelsmärik, ouvre la séquence ; la Chandeleur la prolonge dans l’intimité des cuisines, quand le froid du Petit-Ventur et les gelées de la Saint-Blaise (3 février) gardent encore les villages sous la neige.
La veille du 2 février gardait aussi un rite de passage : la veillée des crêpes, où la première, dite « de l’essai », revenait au maître de maison qui la retournait d’une main en tenant une pièce de monnaie dans l’autre. Si la crêpe tombait plate, l’année serait prospère ; si elle se pliait, il fallait s’attendre à un hiver long. Le lendemain, la Saint-Blaise (3 février) prolongeait la séquence par la bénédiction des gorges avec les cierges de la veille — une coutume paroissiale qui disparaît peu à peu, mais que l’on rencontre encore dans certaines communes du piémont vosgien.
Vivre la Chandeleur aujourd’hui : quelques pistes concrètes
Hors de tout folklorisme forcé, la Présentation du Seigneur se prête bien à une célébration domestique et paroissiale simple. Quelques pistes, volontairement modestes :
- Participer à la messe du 2 février, surtout lorsqu’elle est précédée d’une procession aux cierges : c’est le geste premier, auquel tout le reste se rattache ;
- Faire bénir les cierges de l’année — un pour le foyer suffit — et les allumer aux jours forts : fêtes patronales, anniversaires de baptême, veillées funèbres ;
- Lire Luc 2, 22-38 en famille, et dire le Nunc dimittis, qui appartient aussi à la prière de l’Église chaque soir (complies) ;
- Tenir la table du 2 février comme un moment de gratitude : crêpes, certes, mais aussi la tradition chrétienne de l’aumône du jour, héritée des « chandelles » distribuées aux pauvres dans les anciennes paroisses.
La fête garde un message précis pour un temps incertain : la lumière ne s’impose pas, elle se présente. Syméon et Anne, deux vieillards qui « attendaient la consolation », reconnaissent dans un nourrisson porté par des parents pauvres la lumière des nations. C’est tout l’évangile, tenu en un seul jour du calendrier.
