À Strasbourg, un adulte qui demande le baptême n’a pas à arriver avec un dossier de certitudes ni un « diplôme » religieux : il entre, s’il le désire, dans le catéchuménat, un parcours qui dure habituellement environ deux ans et conduit, le plus souvent, jusqu’à la Vigile pascale. Le parrain ou la marraine n’y tient pas un rôle décoratif : il ou elle devient un témoin de foi, présent aux rites, attentif aux questions et compagnon de route. Depuis une quinzaine d’années, Claire Bruckert accompagne à Strasbourg des adultes de tous âges vers les sacrements de l’initiation chrétienne. Sa parole ne sépare jamais les exigences de l’Église de la délicatesse des histoires personnelles : une recherche née d’un deuil, une lecture d’Évangile reçue comme un appel, le désir de donner un nom à une foi longtemps silencieuse. Avec Camille, elle décrit ce chemin fait de paroles, de gestes liturgiques, de liberté et de patience.

Des chercheurs de Dieu aux histoires très différentes

Camille : Qui sont les catéchumènes que vous accompagnez aujourd’hui à Strasbourg ? Existe-t-il un profil type, ou bien le désir du baptême surgit-il dans des vies très diverses ?
Claire : Il n’existe vraiment pas de profil type. Je rencontre des jeunes adultes qui ont grandi sans pratique religieuse mais qui ont été touchés par une célébration de Noël, des personnes venues d’autres traditions chrétiennes, des fiancés qui préparent leur mariage, des parents bouleversés au moment de demander le baptême de leur enfant, ou encore des hommes et des femmes plus âgés qui portent cette question depuis l’enfance. L’une des premières choses que je leur dis est très simple : « Vous avez le droit de chercher. » Le pré-catéchuménat est précisément ce temps sans engagement où l’on peut raconter son histoire, ouvrir un Évangile, poser une question embarrassante ou dire franchement : « Je ne sais pas prier. »

Je garde en mémoire une femme qui avait longtemps cru que son absence de vocabulaire religieux la disqualifiait. Lors de notre premier entretien, elle m’a dit : « Je ne connais même pas le Notre Père. » Nous avons commencé là, sans précipitation. Elle a découvert que la foi ne consiste pas à réciter correctement des réponses, mais à accueillir une relation. Pour donner quelques repères aux personnes qui se sentent perdues devant les mots de l’Église, je leur conseille volontiers le guide des sacrements catholiques : il aide à situer le baptême dans l’ensemble de la vie chrétienne. Dans une équipe, nous n’essayons pas de fabriquer des croyants identiques ; nous écoutons ce que le Christ travaille déjà, parfois très discrètement, dans une existence.

Deux années pour laisser mûrir une demande libre

Camille : Le mot « parcours » peut sembler abstrait. Comment se déroule concrètement le catéchuménat des adultes, depuis le premier appel jusqu’à la préparation immédiate du baptême ?
Claire : Le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, le RICA, nous donne une véritable pédagogie spirituelle. Il ne s’agit pas d’un cours accéléré de religion. Une personne commence par un entretien, souvent après avoir contacté sa paroisse ou demandé à être mise en relation avec le service diocésain du catéchuménat. Elle rencontre ensuite une petite équipe : personne n’a besoin de tout connaître, ni même de savoir formuler sa foi. Le chemin dure habituellement environ deux ans, parfois davantage lorsqu’une situation familiale, professionnelle ou intérieure demande du temps.

Je le présente souvent en cinq mouvements très concrets :

  • le pré-catéchuménat, pour découvrir librement l’Évangile et discerner ;
  • l’entrée en catéchuménat, célébrée dans la paroisse, avec le signe de croix sur le front et les sens, l’entrée dans l’église et la remise des Évangiles ;
  • les rencontres, souvent deux fois par mois, autour de la Bible, de Jésus-Christ, du Credo, des sacrements, de la prière, de la vie morale et de l’Église ;
  • le Carême décisif, avec l’appel de l’évêque et les scrutins ;
  • enfin la mystagogie, après Pâques, pour apprendre à vivre de ce qui a été reçu.

Le calendrier n’est jamais une mécanique. Nous regardons aussi les grandes dates de l’année chrétienne : le temps de l’Avent, les dimanches de Carême, la Pentecôte. Pour s’y repérer avec précision, le calendrier liturgique catholique 2026-2027 est un appui utile. Je veille surtout à ce que chaque étape soit comprise et désirée : l’Église propose, elle ne force pas.

Cercle de parole dans une salle de paroisse : six adultes assis en cercle avec des Bibles ouvertes et des tasses de café
Le catéchuménat se vit d'abord en cercle de parole : écoute, témoignage et discernement plutôt que cours magistral.

L’appel décisif et les scrutins, une vérité reçue dans le Carême

Camille : L’appel décisif impressionne souvent les futurs baptisés, tout comme le mot « scrutin ». Que vivent-ils durant ces semaines qui précèdent Pâques ?
Claire : Le premier dimanche de Carême, l’évêque appelle officiellement les catéchumènes qui recevront les sacrements à Pâques. C’est un moment très fort, parce que l’Église reconnaît publiquement le chemin parcouru. Les catéchumènes répondent à l’appel de leur nom et signent un registre. Mais il faut bien entendre le sens de ce geste : ce n’est ni un concours réussi, ni une graduation. C’est une parole de confiance. L’Église dit, en quelque sorte : « Nous avons vu votre désir, nous allons prier avec vous et pour vous. »

Les trois scrutins ont lieu aux troisième, quatrième et cinquième dimanches de Carême. Le mot peut inquiéter, car il évoque un examen. Or ce ne sont pas des examens. Ce sont des célébrations de prière et de discernement où l’assemblée demande au Christ de fortifier les futurs baptisés et de les libérer de ce qui les éloigne de Dieu. Les prières dites d’exorcisme doivent être comprises dans ce sens évangélique : une demande de délivrance du mal, de la peur, du mensonge, de l’enfermement sur soi.

Les évangiles de la Samaritaine, de l’aveugle-né et de Lazare, aux chapitres 4, 9 et 11 de saint Jean, accompagnent ces dimanches. Ils parlent d’eau vive, de lumière et de vie rendue. Je demande souvent aux catéchumènes : « Où avez-vous soif ? Qu’est-ce qui demande à être éclairé ? Quelle pierre voudriez-vous voir roulée ? » Pour relier ces rites au grand mouvement pascal, le guide liturgique et spirituel du Triduum pascal 2027 permet de comprendre combien le Carême ouvre déjà sur la nuit de Pâques.

À la Vigile pascale, recevoir une vie nouvelle devant tout un peuple

Camille : Vous accompagnez les catéchumènes jusqu’à la Vigile pascale. Que se passe-t-il cette nuit-là, et pourquoi ce baptême adulte est-il si profondément lié à la communauté rassemblée ?
Claire : La Vigile pascale n’est pas simplement une belle cérémonie de nuit : elle est le cœur de l’année chrétienne. Tout commence dans l’obscurité, autour du feu nouveau. Puis le cierge pascal entre dans l’église et sa lumière se transmet de proche en proche. Pour un catéchumène qui a attendu, prié, parfois douté pendant de longs mois, ce geste prend une densité presque physique. Je revois des visages très attentifs lorsque l’assemblée chante : « Lumière du Christ », et que chacun répond : « Nous rendons grâce à Dieu. »

Après la liturgie de la Parole et la litanie des saints, vient le moment des renoncements et de la profession de foi. Le futur baptisé renonce au mal, puis répond personnellement à la foi de l’Église. Il est baptisé dans le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, par immersion lorsque cela est possible ou par l’eau versée sur la tête. Le vêtement blanc rappelle la vie nouvelle reçue ; le cierge allumé au cierge pascal signifie que cette lumière doit désormais être portée dans le monde.

Chez l’adulte, les trois sacrements de l’initiation sont célébrés ensemble : baptême, confirmation et première communion. Ce n’est donc pas un aboutissement isolé, mais une entrée pleine dans la vie eucharistique du peuple chrétien. Ceux qui souhaitent approfondir le sens propre de cette nuit trouveront un éclairage précieux dans le sens de la Vigile pascale selon un liturgiste. Après tant de préparation, je suis toujours frappée par le silence très recueilli qui précède la première communion : il dit plus qu’un long discours.

Parrain et marraine : ni figurants ni détenteurs d’un titre

Camille : Venons-en à la question que beaucoup se posent : que demande réellement l’Église au parrain ou à la marraine d’un adulte, et comment choisir cette personne ?
Adulte agenouillé près d'un fonts baptismaux en pierre ancienne tenant un cierge allumé pendant une célébration nocturne
La nuit de la Vigile pascale, le baptême des adultes unit le catéchumène à la mort et à la résurrection du Christ.
Claire : Pour un adulte, le parrain ou la marraine est d’abord un témoin de foi. Ce n’est pas un « diplôme » à présenter ni une simple signature sur un registre. Cette personne connaît le catéchumène, l’aide à discerner, prie avec lui, assiste aux rites importants et le présente à l’assemblée. Chez l’adulte, le catéchumène parle lui-même, demande lui-même le baptême et professe personnellement sa foi ; le parrain ne répond donc pas à sa place. Sa présence est fraternelle, fidèle et concrète.

L’Église demande normalement que le parrain ou la marraine soit catholique, baptisé, confirmé, nourri de l’eucharistie et engagé dans une vie cohérente avec la foi qu’il ou elle est appelé à soutenir. Il faut avoir au moins seize ans, ne pas être frappé d’une peine canonique et ne pas être le père ou la mère du baptisé. Une personne non catholique peut être témoin chrétien aux côtés d’un parrain ou d’une marraine catholique, mais ne prend pas seule cette fonction liturgique.

  • être disponible, y compris pour une rencontre ou une célébration ;
  • savoir écouter sans surveiller ni donner des leçons ;
  • pouvoir dire simplement comment l’Évangile éclaire sa propre vie ;
  • demeurer présent après Pâques, lorsque l’émotion de la fête est passée.

Cette distinction est importante lorsqu’une famille prépare aussi la foi des plus jeunes : les repères proposés dans les guides pour éduquer les enfants dans la foi éclairent bien le rôle des adultes qui transmettent par leurs gestes autant que par leurs paroles. Je dis souvent aux parrains et marraines : « N’essayez pas d’être parfaits ; soyez vrais et tenez votre promesse de présence. »

Adulte ou enfant : deux manières d’entrer dans l’initiation

Camille : Le vocabulaire est parfois le même, mais la préparation d’un baptême d’adulte ne ressemble pas à celle d’un petit enfant. Quelles différences essentielles faudrait-il garder en mémoire ?
Claire : La différence première est celle du sujet de la demande. L’adulte dit lui-même : « Je désire recevoir le baptême. » Il chemine, écoute la Parole, apprend à prier, discerne et prononce sa profession de foi. Un enfant, lui, est baptisé dans la foi de l’Église portée par ses parents, son parrain, sa marraine et toute la communauté. Cela ne signifie pas que son baptême serait moins profond ; cela signifie que la foi doit ensuite être éveillée et accompagnée au fil des années.
Baptême d’un adulte Baptême d’un enfant
Demande personnelle et cheminement catéchuménal Demande formulée par les parents
Profession de foi prononcée par le baptisé Réponses portées par les parents et le parrain ou la marraine
Baptême, confirmation et eucharistie reçus ensemble Sacrements habituellement célébrés à des moments différents
Célébration privilégiée à la Vigile pascale Célébration possible tout au long de l’année

Dans les deux cas, la préparation compte réellement. Pour les familles, il est utile de connaître le déroulement des rites, l’importance de l’eau, du saint chrême, du vêtement blanc et du cierge : ce guide pratique du baptême catholique offre justement une transition claire entre les questions très concrètes et le sens spirituel de la célébration. Mais je rappelle toujours ceci : le baptême n’est pas une bénédiction familiale privée. Il fait entrer dans un peuple, avec une histoire, une liturgie, des frères et des sœurs.

La mystagogie, ou l’art de ne pas laisser Pâques derrière soi

Camille : Une fois les vêtements blancs rangés et la joie pascale passée, que devient le nouveau baptisé ? Pourquoi insistez-vous sur ce temps au nom mystérieux de « mystagogie » ?
Claire : La mystagogie signifie littéralement une conduite à l’intérieur des mystères. Après Pâques, nous ne disons pas : « C’est terminé, vous êtes baptisés, au revoir. » Au contraire, nous relisons ce qui vient d’être vécu. Que signifie avoir reçu l’eau du baptême ? Qu’a changé la première communion ? Comment entendre l’onction de confirmation dans une semaine de travail, une vie de couple, un deuil ou une décision difficile ? Durant le temps pascal, et particulièrement jusqu’à la Pentecôte, nous proposons des rencontres où les néophytes peuvent mettre des mots sur leur expérience. Les premières semaines gardent d’ailleurs une trace visible de la nuit du baptême : dans la tradition, les nouveaux baptisés conservaient leur vêtement blanc jusqu’au dimanche in albis, comme le raconte [le dimanche de Quasimodo et le dépôt des vêtements blancs](/blog/dimanche-quasimodo-alsace-bretzel-octave-paques/), huit jours après Pâques.

J’aime beaucoup ces échanges parce qu’ils sont souvent d’une honnêteté désarmante. Une personne peut dire : « À la Vigile, j’étais portée par tout le monde ; dimanche dernier, je me suis retrouvée seule au fond de l’église. » C’est une parole importante. Nous cherchons alors un groupe biblique, une équipe paroissiale, un service de solidarité, une chorale, une fraternité adaptée. Il ne s’agit pas de remplir un agenda chrétien, mais de trouver une place réelle dans une communauté.

Les catéchumènes nous évangélisent aussi. Leur manière de redécouvrir un signe de croix, de s’émerveiller devant une page de saint Jean ou de demander le sens d’une prière oblige les habitués à sortir de leurs automatismes. Le baptême est un commencement, non une conclusion. Mon plus beau signe de joie, ce n’est pas seulement la nuit de Pâques : c’est de voir, quelques mois plus tard, un nouveau baptisé accueillir à son tour quelqu’un qui cherche son chemin.